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LILIANE L'EOLIENNE |
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Le début de cet été 2002 a été bien agréable, chaud mais aussi très humide certains jours. Mais, depuis le 10 juillet, on ne sait pour quelle raison, Eole a décidé de faire des siennes. C'est pour cette raison que Salvatore, le papa de Catia a préféré décaler ses vacances d'une semaine. Les journaux, la radio et la télévision annonçaient "il tempo migliora" c'est à dire que les prévisions parlaient d'amélioration. Sans doute, vous vous souvenez de célèbres présentateurs dont on se moquait gentiment il y a 20 ans : Albert Simon et sa grenouille qui se trompait bien souvent. C'est ainsi que l'on sortait armés d'un parapluie les jours de grand soleil et que l'on avait droit à des douches gratuites certains jours où le beau temps était garanti. Nos cousins italiens se divertissaient tout autant avec monsieur Bernacca. Finalement, le 20 juillet, telle la famille Fenouillard, Aurelia, Catia et Salvatore avec armes et bagages, ont quitté leur berceau napolitain et avec la Circumflegrea ils ont rejoint le petit port de Monte di Procida en 3/4 d'heure environ. La Circumflegrea est un train bien taggué qui part du centre de Naples et dessert certaines localités balnéaires du littoral phlégréen. A certains moments, Catia aurait voulu le pousser pour avancer mais, par chance, après Pianura, ce train local, sans doute enchanté par Eole, a pris de la vitesse. Catia, depuis la veille au soir, avait préparé sa belle robe rose, sa couleur préférée, pour entamer ses vacances. D'ailleurs elle aurait tant voulu dormir avec elle pour être prête plus tôt. Aurelia lui expliqua que la robe se serait froissée : "mais non, si tu ne me mets pas le drap, elle ne se froissera pas". Catia, ainsi vêtue, se présenta a Manu II°. Qui était Manu II° ? Tout simplement, le nom du bateau de son papa : un bateau de 8,50 mètres de long, doté de deux moteurs.
Tandis qu'Aurélia rangeait, Catia se mit aux commandes du bateau en attendant que Salvatore délivre Manu II° des cordages qui la tenaient accrochée au fond. Ainsi, papa engraina la marche et positionna le GPS (un appareillage électronique donnant des informations précises sur la position) sur Acciaroli, première étape du voyage. La route à suivre est 130°, pendant 58 miles marins, à une vitesse de 18 noeuds. Salvatore prévoit l'arrivée vers 14 heures puisqu'il n'est que 10 heures 30. Catia qui, du haut de ses 5 ans, s'amuse à lire les chiffres se fait aider par son papa et tourne la barre afin que 130° s'affiche sur la boussole. Catia a toujours aimé cette boussole qui s'éclaire la nuit et laisse apparaître les chiffres en rouge. Au bout d'une demi heure, Catia s'étonne "mais qu'est-ce que c'est ? on dirait une grande dame allongée sur la mer!!!". "C'est l'île de Capri, ma chérie" lui répond Aurélia. "Elle est célèbre dans le monde entier pour sa beauté, ses parfums et sa grotte argentée comme par magie. Toi qui adores la magie, nous t'y emmènerons un jour, c'est promis!" Le passage entre Capri et Punta Campanella qui ferme le golfe de Naples est fait par Salvatore car la mer y est toujours un peu en colère à cause des nombreux bateaux qui passent à toute allure, se croisent, s'entrecroisent, font des sortes de ballets et laissent de nombreux sillons sur cette mer bleu foncé si souvent décrite et chantée. Après Punta Campanella, c'est le golfe de Salerne qui commence : plus long que celui de Naples, il est par moment bien énervé, surtout si le "grecale", vent de Nord-est, souffle. Par chance, le grecale doit se reposer en vacances, sans doute avec le Père Noël. Quant à Catia, elle attend avec impatience une rencontre avec des dauphins, mais ces mammifères marins splendides et élégants si souvent présents auparavant, se font de plus en plus rares. Catia est bien déçue "Ah, si Mario était ici, il les ferait certainement apparaître, comme dans la "Perle du Golfe", mais mon ami a grandi et il ne peut plus exercer ses pouvoir que le jour de son anniversaire et du mien". C'est ainsi que nos trois "marins" arrivent à Acciaroli, un petit port du Cilento d'où commencera la vraie traversée. Le lendemain matin, à l'aube, Salvatore se réveille, met les moteurs en marche. Le bruit des moteurs résonne dans la tête d'Aurélia et de Catia qui, elles, restent encore allongées sur leur lit situé à la proue du bateau. Ce matin, 5 heures de navigation sont prévues jusqu'à Stromboli : des nuages menaçants envahissent le ciel et de petits moutons commencent à apparaître sur la crête des vagues. Aurélia ne résiste plus, elle monte voir ce qu'il en est : en effet, la mer commence à être de mauvaise humeur. Elle passe toute la traversée allongée sur le divan et mange des petits morceaux de pain pour dire de remplir son estomac. Catia, quant à elle, est un amour : elle joue avec ses poupées de porcelaine, lit, parle, en attendant que les minutes et les heures passent. Dans le lointain, à 15 miles de la côte, après 76 miles de chemin parcourus, Catia voit une île qui a un peu la forme du Vésuve : c'est Stromboli, un des deux volcans italiens encore en activité.
A Stromboli se trouve le plus petit port d'Italie "Ginostra", mais il n'est port que de nom puisque lorsque le ferry y porte les passagers, ils doivent accéder à Ginostra sur une petite barque. Quant au vrai port de Stromboli, on ne peut y mouiller que si la mer est très calme car le port n'est contitué que d'un simple quai. Par chance, la mer se calme dans l'après-midi, et nos trois amis peuvent mouiller pour la nuit. Stromboli est très mystérieuse la nuit : en effet, son sommet crache un peu de feu toutes les 15 minutes et ce spectacle est très impressionnant. Catia s'amuse beaucoup car sur l'île, les chemins ne sont pas illuminés : soit il faut marcher dans la pénombre, soit il faut éclairer la chaussée avec des lampes de poche. Ce soir-là, Salvatore décide d'inviter ses deux femmes à manger au restaurant. Catia est ravie et elle décide d'emmener ses deux poupées et filles adorées, Liliane et Cathy dans leur poussette afin de leur faire prendre un peu d'air. Tous les cinq se présentent au restaurant "Le Stromboli". Au centre de chaque table brûle une petite bougie car il n'est pas rare de voir la lumière aller et venir sur l'île. Le dîner est évidemment à base de poisson. En entrée, carpaccio de thon, puis en premier plat, des spaghettis aux fruits de mer et ensuite de l'espadon au four. Assise à sa place, Catia rêve à ce qu'elle allait faire les jours suivants ; elle ne se doutait pas que cette soirée allait donner un autre ton à ses vacances. En effet, elle est attirée par une simple exclamation "Bigre de bigre!" lancée par un petit monsieur aux joues bien rouges et aux cheveux blonds. On dirait un Viking, il ne lui manque que la barbe. C'est ainsi qu'elle demande à Aurélia de tendre l'oreille : l'accent est à 100% normand. Mais que fait donc ce petit monsieur ? Est-il en vacances lui aussi ? et les amis bien bronzés assis à sa table parlent sur un ton très animé, pourquoi ?. L'explication allait arriver sous peu. Deux petits enfants étaient installés à la table, face à leurs parents. Ils avaient une dizaine d'années au maximum : le petit garçon, vêtu d'un ti-shirt marin et d'un bermuda rouge faisait des mots croisés. Quant à la petite fille, les reflets des boucles blondes de ses cheveux étaient encore plus beaux en cette nuit étoilée. Mais elle avait l'air triste. Tout à coup, ses yeux se remplirent de larmes : "ma poupée, maman, je voudrais tant ma poupée Milly". Il était impossible de la raisonner. Elle s'adressa au petit monsieur en le priant de retrouver Milly. S'apercevant de l'intérêt que portait Catia à la petite fille, le petit monsieur se présenta : "Bonsoir, m'sieur dames, je suis l'inspecteur Lebigre. Je suis en vacances avec des amis dans ces îles éoliennes. Nous avions loué un superbe bateau de 20 mètres de long à Lipari et nous devions passer une quinzaine de jour à rayonner. Dans quatre jours, nos amis Lecarpentier et Lesage doivent nous rejoindre, mais, hier soir, au moment de retourner sur le "Sherazade", c'est le nom de notre bateau, nous nous sommes aperçus qu'il avait disparu ainsi que ses membres d'équipage. C'est pourquoi j'ai décidé de reprendre le collier pour quelques jours. En effet, je suis en retraite depuis deux ans et j'étais très coté dans la brigade du Havre. Je suis convaincu que je retrouverai "Sherazade" et la poupée Milly, bigre de bigre". "Quelle coïncidence" dit Catia. "Ce printemps, j'ai dormi chez Madame Lebigre, vers Etretat. Elle m'avait fait voir comment traire les vaches, mais je me suis distraite et j'avais mis les pieds dans le purin...." "Ma petite", lui réplique l'inspecteur Lebigre, "madame Lebigre est ma belle-soeur, que le monde est petit!!!" Catia, depuis qu'elle est toute petite, a toujours aimé les nouveautés, le mouvement et l'action. Pour cette raison, elle offre ses services à l'inspecteur et à la petite fille qui porte le doux nom d'Aurore. Les parents de Catia, touchés et émus par l'histoire invraisemblable qu'ils viennent d'entendre, se mettent à la disposition de cette famille pour les aider dans leur recherche. Un bateau de 20 mètres ne disparaît pas si facilement. Quant aux Eoliennes, les îles ne sont que sept : c'est certain, Sherazade ne peut pas être loin. Catia nomme Liliane, sa poupée préférée, inspecteur et bras droit de l'inspecteur Lebigre.
Tous nos "inspecteurs" en herbe montent au sommet du volcan Stromboli accompagnés d'un guide, car il est interdit de faire seuls cette ascension. Catia a un peu la gorge nouée lorsque le ciel est embrasé par les coups de colère du volcan, mais elle se montre très courageuse vis à vis de ses nouveaux amis. Elle a emprunté les jumelles de son papa et surveille les environs, mais aucune trace de "Sherazade". Il faudra attendre le lendemain matin pour se rendre à Panarea, la petite île bien jolie située à une demi-heure de Stromboli. Il est 7 heures du matin, le soleil est levé depuis longtemps déjà, et nos amis décident de redescendre en bordure de mer car il fait chaud sur les flancs du Stromboli où ils avaient planté les tentes pour la nuit. Lorsqu'ils marchent sur le sol de l'île de Stromboli, ils ont l'impression étrange de marcher sur le volcan. Ils arrivent sur la plage de sable noir et plongent dans l'eau cristalline qui entoure l'île. Tous ensemble montent à bord de Manu II°. Salvatore met les moteurs en marche, le papa d'Aurore aide à larguer les ammares tandis que Catia fait les honneurs de la "maison" et montre à ses deux nouveaux amis Aurore et Antonio leur chambre provisoire, qui est aussi la sienne.
A peine arrivés à Panarea, les enfants sont émerveillés par cette petite île si charmante. En effet, depuis la mer, on n'aperçoit que de petites et moyennes villas aux murs blancs et aux toits plats, isolées, entourées de jardins exotiques et de figuiers de barbarie. A proximité de la plage de liscia bianca, un cordon de bateaux de carabiniers et de guardia costiera s'est formé. L'inspecteur Lebigre pense tout de suite que le Sherazade a été retrouvé. Mais, en réalité, le Capitaine de la guardia costiera dans son uniforme blanc avertit nos amis de la présence de remous étranges au large de la plage. On sent aussi une odeur de soufre. On suspecte des mouvements sous-marins dûs au réveil de l'Etna qui n'est pas si loin que ça. La guardia costiera invite tous les plaisanciers à mouiller au port et à éviter liscia bianca. Ils décident ainsi de se rendre à une autre plage qui se trouve à trois quart d'heure du port. Heureusement, de petits taxis électriques sont mis à la disposition des touristes.
Les rues sont étroites et les chauffeurs de taxis filent à une vitesse folle si bien que dans les virages il faut se tenir car les véhicules sont entièrement ouverts. Une fois arrivés sur la plage, en quelques minutes, les enfants décident de réaliser en sable le château de la belle au bois dormant : une entreprise ardue qui réussira très bien avec l'aide des parents des trois enfants. L'inspecteur Lebigre, dans son maillot de bain tricolore, quant à lui, reste assis sur sa serviette. Son regard scrute l'horizon car sa seule pensée est celle de retrouver le bateau.... Le retour au port se fait à pied. En effet il est plus agréable d'admirer calmement les jardins en marchant. Aurélia prend de nombreuses photos des bougainvilliers qui aiment grimper le long des maisons et des figuiers de barbarie qui forment de nombreuses sculptures modernes le long du chemin. Catia voit aussi de superbes petites fleurs roses et blanches mais également de petites boules vertes au bout de longues tiges. Sa poupée Liliane s'asseoit au milieu de cette plante qui n'est autre que la plante de câpres dont l'île est grande productrice.
Le long des chemins, il est très facile de trouver ces plantes qui peuvent être très ornementales au moment de leur floraison. A l'arrivée au port, ils s'arrêtent à un bar pour prendre une granita de citron pour se déshaltérer. L'inspecteur Lebigre se rend à la caisse pour payer, mais la somme est exagérée selon lui : 3 euros par personne. "On ne m'y reprendra pas, bigre de bigre" grogne-t-il. Pour le prix, il en profite pour demander à la patronne du bar si elle aurait entendu parler du "Sherazade", mais cette dernière lui répond qu'elle n'a jamais entendu parler ce ce bateau, aussi il n'est certainement pas au large de Panarea. Tous reviennent sur Manu II° pour préparer le déjeuner : des pâtes au saumon dont raffolle Catia. A 14 heures, les enfants vont au lit tandis que les parents restent à l'extérieur pour établir un plan d'action pour retrouver le bateau. Vers 16 heures, le mistral se lève. Il est temps d'aller à Lipari, la plus grande des îles éoliennes. Sans doute, au commissariat central, quelqu'un pourra les aider dans leurs recherches. Manu II° fend les vagues car la mer commence à s'agiter. La mer est maintenant force 5, heureusement que Lipari est assez proche de Panarea.
A l'arrivée à Lipari, pas le choix, il faut laisser Manu II° dans la rade et se rendre sur l'île avec le canot orange. Pour descendre sur le canot, les enfants et les parents n'ont pas de difficultés. Comme vous pouvez l'imaginer, l'inspecteur Lebigre met un pied sur le rebord du canot et au moment de mettre le second, le canot s'éloigne de Manu II° et sous les rires des petits et des grands, l'inspecteur tourne, virevolte et..... plonge tout habillé et parfumé dans l'eau. Lorsque sa tête ressort de l'eau il ne peut que rire lui aussi en voyant l'expression des enfants. Finalement, la joie est retournée sur leurs visages. Une fois arrivés à terre, ils se rendent tous au commissariat de Lipari. Heureusement, l'inspecteur Esposito prend l'affaire au sérieux et propose à nos amis de faire le tour de l'île en bus. Les chauffeurs sont très experts car les rues sont tortueuses et étroites. Ils arrivent ainsi à d'anciennes carrières qui ne sont plus exploitées d'où ils rapportent quelques pierres ponces. Malgré tous les kilomètres parcourus et les baies visitées, Sherazade n'est toujours pas retrouvé. C'est ainsi qu'ils décident de passer la soirée dans le restaurant le plus célèbre de Lipari : "Chez Filippino" . Le dîner à base de poisson est excellent et la soirée est agrémentée par les vocalises de Andrea Boccelli qui se prépare à un concert en ville le lendemain. Les enfants vont de suite demander des autographes au chanteur qui leur révèle avoir entendu parler d'un bateau splendide mouillé dans la rade de Vulcano. Le lendemain matin, à l'aube, Salvatore décide de mettre en marche le bateau mais aucun son ne sort de Manu II°. "Oh, non", dit Salvatore "c'est la batterie, il ne manquait plus que ça". Par chance, le problème est vite résolu grâce au mécanicien que Salvatore avait connu quelques années auparavant et dont il avait gardé le numéro de téléphone. Ainsi, les moteurs sont allumés et Manu II° file comme une flèche en direction de Vulcano.
Là aussi, ça bouillonne en dessous. En effet, cette île est très célèbre pour les soins de la peau. Tous se rendent sur la plage munis de chaussures en plastique pour ne pas se brûler les pieds. Arrivés à la vasque principale, seuls les adultes se plongent dans une eau trouble et bouillante. Ils y restent une dizaine de minutes et filent dans l'eau de mer pour se rincer et pour profiter des fumeroles qui leur offrent des hydro-massages gratuits. De nombreuses personnes semblent maquillées car elles creusent dans le sable et se couvrent corps et visage avec une sorte de boue bleue puis se rincent dans l'eau : cela fait du bien à la peau. Alors que l'inspecteur Lebigre est comodément allongé, son regard est attiré par l'arrière d'un bateau dont les propriétaires viennent de sortir une moto des mers.
Il décide alors de remonter sur Manu II° pour aller voir de plus près. Mais Liliane montre déjà le bateau du doigt : il s'agit du "Sherazade".
L'inspecteur Lebrigre ne perd pas une minute et saute sur la moto des mers pour entamer une course poursuite avec les voleurs qui s'en vont à bord d'un engin volant.
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